Historique de l’académie

Une séance de l’Académie hôtel d’Epernon, chez Denise Bélanger ici entourée du général Lucien Loizeau et de maître Jacques Biget récitant un poème. Assis à gauche : Roger Noël-Mayer, Robert Hillairet et Andrée Marik.

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Les origines

Au cercle des Amis des arts et des lettres fondé, après la seconde guerre mondiale, par le libraire Antonin Pignon succéda l’Association culturelle des arts et lettres d’Angoumois, créée par le papetier Henri Lacombe. Sous l’impulsion de ce dernier fut ensuite mise en place une structure plus ambitieuse, destinée à réunir 21 écrivains charentais : l’Académie d’Angoumois (Journal officiel du 18 septembre 1964).
Jacques Chardonne en accepta la présidence d’honneur, Simone Benda, dite Madame Simone, ancienne amie de l’auteur du Grand Meaulnes, épouse du poète cognaçais François Porché assura la fonction de chancelier et Henri Lacombe celle de trésorier. La première composition de l’Académie comprenait, outre les trois membres précités, Denise Bélanger, Jacques Biget, Mary Cressac, Odette Commandon, Maurice Delamain, Raymond Doussinet, Henri Fauconnier, René Fleurisson, Marie Gounin, René Gounin, Pierre Jobit, Edmée de La Rochefoucauld, Marc Leproux, Andrée Marik, Albert Naud, Roger Noël-Mayer.
Depuis 1964, quelques dizaines de nouveaux académiciens ont été élus au fur et à mesure de la vacance des fauteuils.
En 2010, l’honorariat a été créé pour permettre à des membres de céder leur fauteuil à de nouveaux élus plus impliqués dans la vie de l’Académie.
L’Académie tient en moyenne 6 séances par an, non plus à l’hôtel d’Épernon chez Denise Bélanger, ancien chancelier, mais à la Société archéologique et historique de la Charente qui met à sa disposition une salle de réunion adaptée à l’organisation de ses conférences.

L’Académie d’Angoumois vue par Florent Gaillard, reçu Académicien le 21 janvier 2012.

"C’est au bras de ma délicieuse et élégante grand-mère Julie-Gabrielle Gentilleau que je découvris et appris à aimer l’histoire de ma terre natale, ses admirables églises, la douceur de ses paysages, le talent de ses écrivains et de ses peintres. Le chemin passa alors par une Académie de province fondée en 1964 et établie rue d’Epernon à Angoulême : l’Académie d’Angoumois. Ma grand-mère qui fréquentait avec délice les lieux de culture voulut y entraîner son unique petit-fils qui à l’époque rêvait de devenir chef d’orchestre et commençait à cultiver l’amitié.

Le paradoxe est bien là, votre nouvel élu a 46 ans mais il fréquente votre honorable Académie depuis quatre décennies. Si je dois à ma grand-mère de m’avoir ouvert les portes de la culture angoumoisine, l’Académie d’Angoumois puis la Société Archéologique et Historique de la Charente m’y firent entrer et demeurer.

Votre chère Académie, toute jeune, allait s’insérer très vite dans la tradition des Académies de province qui contribuèrent en France depuis l’Ancien Régime au mouvement des esprits et au progrès des lettres.
Ainsi reviennent à mes yeux les délicieuses soirées d’hiver dans le salon doré de l’Hôtel d’Epernon où Mme Bélanger alors chancelier nous recevait avec tant d’érudition telle une femme éclairée du siècle des lumières. Pour l’enfant que j’étais, ce monde paraissait étrange. Les intellectuels qui animaient ces causeries me semblaient hors du temps, très savants et mon jeune âge faisait qu’il m’était parfois difficile d’assimiler leurs propos.

J’avais cependant l’habitude de prendre des notes sur des petits cahiers précieusement conservés : Alfred de Vigny et le loup y côtoient Chardonne, Balzac et Montausier voisinent avec La Rochefoucauld, Mary Cressac et Jean Duché se retrouvent avec notre Jahvasse des Charentes Odette Commandon. Rien de très scientifique dans ces carnets mais déjà quelques repères, des écrivains, des poètes...des journalistes dont Jean- Claude Guillebaud, des historiens aussi tels Pierre Dubourg-Noves, Pauline Reverchon qui contribuèrent à me construire dans la succession des jours et des rêves sans oublier le général Loizeau qui m’impressionnait.

Si la culture vient en lisant, elle résulte aussi de l’écoute et je reconnais que l’Académie d’Angoumois m’a beaucoup gâté. La diction exceptionnelle de Denise Bélanger m’ émerveillait lorsqu’elle évoquait devant nous Honoré de Balzac et ses Illusions Perdues, François Porché et Madame Simone ou le génie des Tharaud, Angoulême et l’orient.

Reviennent aussi les sentiments qui m’habitaient lorsque Maître Biget lisait ses poésies de sa voix douce et caressante ... « Puisse l’alouette de Saint- François chanter toujours pour vous de clairs matins » m’avait-il écrit un jour sur son ouvrage « Le Jongleur de Dieu ». Jacques Biget devint un ami ; ne dit-on pas que la jeunesse est celle des cœurs. Entre l’enfant et le vieil homme, la poésie consacra ces nobles sentiments. Dans le vaste salon de la rue d’Iéna, je revois le poète et ses amis les livres...

Un soir de 1971, du haut de mes six ans, la joie éclatante de Mlle Angremy me saisit lorsqu’elle nous annonça que son neveu Pierre-Jean Rémy venait d’obtenir le prix Renaudot pour le « Sac du Palais d’été ».

A l’âge de 14 ans Mme Bélanger m’avait demandé de rédiger le compte-rendu d’une réunion de l’Académie d’Angoumois pour la Charente Libre. C’était mon premier article. Je me rappelle y avoir passé de longues heures à la recherche du mot juste.

Le souvenir de Roger-Noël Mayer m’est aussi très cher. Il savait si magnifiquement évoquer la littérature espagnole. Tant de passionnantes conférences et d’illustres écrivains et poètes furent présentés là Monsieur le Chancelier.

J’entends encore Andrée Marik lire, et je devrais dire vivre ses poèmes et n’oublie pas Suzanne Gaillard-Forget, poète de Barbezieux ou Marcel Alberola-Reche des environs de Montmoreau. J’appris à connaître et à aimer les poètes de la Tour de Feu de Jarnac dont Pierre Boujut et tous ceux qui œuvraient tels Claude Roy avec l’esprit et la plume pour enchanter nos heures ainsi que Robert Hillairet qui me fit aussi goûter au patois charentais.

Il m’est impossible de tous les citer mais il me faut tous les saluer car ils embellirent ma jeunesse, orientèrent mes choix et contribuèrent à ma joie.

Croyez, cher Monsieur le Chancelier, que cet éloge fait de souvenirs personnels est bien sincère. J’en veux pour preuve que le fait de me rappeler ces moments de culture tant d’années après résulte du génie de ces hommes et de ces femmes qui ont à jamais imprimé en moi la beauté intemporelle de leurs créations et la grâce de leurs poésies.

Permettez-moi de conclure ces quelques propos avec le titre évocateur d’un ouvrage écrit par l’un d’entre nous, élu à l’Académie Française en 2008 et que j’admire profondément, Claude Dagens, évêque d’Angoulême : « Va au large »