Jacques Chardonne

né Jacques Boutelleau

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Ecrivain (Barbezieux, 1884 - La Frette-sur-Seine, 1968)

Son père, Georges Boutelleau, était épris de littérature : il composa des poèmes, des pièces de théâtre, des romans, en particulier Meha (1880) qui fut plusieurs fois réédité. Pierre Loti, François Coppée et Alphonse Daudet l’encourageaient.
Si, du côté paternel, la famille de Chardonne est barbezilienne depuis des siècles, du côté maternel, elle est américaine : d’Angleterre, les Haviland passèrent en Amérique du nord au XVIIe siècle, puis en France au XIXe siècle : le grand père de Chardonne fonda, à Limoges, une fabrique de porcelaine de renommée mondiale.

Jacques Boutelleau refusa d’hériter la maison de cognac portant son nom ; il préféra devenir éditeur (il sera copropriétaire, avec son ami Maurice Delamain, des éditions Stock) en même temps qu’écrivain. Réformé pendant la guerre de 1914-1918, il se rendit en Suisse, et vécut dans un village nommé Chardonne où il commença L’Épithalame (le pseudonyme de l’écrivain, ainsi que le titre du roman, furent trouvés par Paul Géraldy).
Écrivain patient au style élégant, à l’écriture très pure, aux analyses profondes et subtiles, Jacques Boutelleau devenu Jacques Chardonne connut une célébrité immédiate avec ce premier roman. Puis vinrent Le Chant du bienheureux (1927), Claire, grand prix du roman de l’Académie française en 1932, Les Destinées sentimentales, Romanesques, L’Amour du prochain, Bonheur de Brabezieux...
Au long de son œuvre ciselée, Jacques Chardonne a disséqué son concept de la femme : « il a ramené le monde à cette impasse et il en a tiré un monde ».

Il fut aussi le peintre délicat de la Charente. De Barbezieux, on peut se rendre en sa compagnie dans bien des villes d’Angoumois, à Cognac, « ville vivante et laide ; par endroits, elle a comme de l’emphase dans la disgrâce » ; à Jarnac, « petite ville couleur de perle, où toute vie est réfugiée dans les maisons. Pas de bruit, peu de passants dans les rues ; seulement de jolies façades en pierre de taille et qui ont l’air de vieil ivoire ou de vieil argent, avec de hautes fenêtres aux contrevents gris » ; à Angoulême : « venant de Paris ou de Limoges, on apercevait enfin sa falaise de maisons blanches, toute méridionale, qui annonçait le Sud. On était arrivé dans cette Charente où j’ai vu toujours plus de clarté qu’ailleurs et cette douceur trompeuse des choses raisonnables. » Chardonne savait confier au lecteur comment il ressentait la Charente et combien il l’aimait : « Il paraît que tout écrivain, comme Rousseau, a son île Saint-Pierre et que j’avais placé mon Éden en Charente » (Chimériques) ; « Pour moi, la Charente est un songe, pays plus rêvé que réel (...). Avec les années, j’ai composé une Charente que j’aime. Ma terre natale m’est toute personnelle ; c’est ma création » (Matinales).

En 1984, pour le centenaire de sa naissance, une plaque commémorative sur sa maison et une rue portant son nom sont inaugurées à Barbezieux ; mais en 2004, les élus de la Région Poitou-Charente débaptisent deux salles de l’Hôtel de Région "en raison de son attitude condamnable sous l’Occupation".

Retenons que Jacques Boutelleau dit Chardonne vécut son enfance à Barbezieux avec ses amis les Fauconnier et les Delamain ; tous devinrent écrivains et furent membres fondateurs de l’Académie d’Angoumois.